Archives de catégorie : Festivals

La cravate

La cravate – Etienne Chaillou & Mathias Théry

La cravate est un documentaire co-réalisé par Etienne Chaillou et Mathias Théry, précédemment auteurs et réalisateurs de La sociologue et l’ourson. Le duo se retrouve dans ce nouveau film autour de la question de l’engagement politique à l’extrême droite d’un jeune homme nommé Bastien Régnier. La politique du parti de Marine Le Pen n’est cependant pas le coeur du film, on se concentre davantage sur les ambitions et la passion d’un jeune qui veut se créer une place dans un milieu puissant. On est alors plongé dans une fable sur l’utilisation de cette jeunesse pleine d’énergie par le parti politique. 

Continuer la lecture de La cravate

Abbas by abbas : L’HOMME QUI PHOTOGRAPHIAIT l’HISTOIRE

Dans Abbas by Abbas, Kamy Pakdel retrace la vie du reporter photo Abbas Attar au travers des grandes thématiques (la violence, le chaos, la spiritualité) qui ont façonné 55 ans de photographies prises aux quatre coins du globe. Révolution iranienne, Apartheid, Guerre du Vietnam, le reporter franco-iranien a capturé tous les conflits majeurs de ces dernières années. « Comment tu as fait pour avoir autant de courage ? » lui demande le réalisateur. « Quand on travaille, on ne réfléchit pas », répond humblement celui qui a été témoin des pires horreurs commises par l’Humanité. Abbas abordait plutôt son travail de photographe comme un philosophe, avec toujours une idée en tête : celle de suspendre le temps. 

Un premier film aussi touchant que prometteur pour la suite de Kamy Pakdel, qui souhaitait réaliser ce documentaire il y a vingt ans déjà. « Trop tôt » selon Abbas, qui a préféré attendre les derniers instants de sa vie avant d’accepter de témoigner devant la caméra du réalisateur. Un témoignage d’autant plus précieux qu’il s’éteindra une semaine après la fin du tournage. Le réalisateur est d’ailleurs revenu, non sans émotion, sur la difficulté pour son équipe et lui de tourner dans une forme d’urgence, Abbas refusant de révéler, hormis le fait qu’il fallait être rapide, combien de temps exactement il lui restait. « Si tu veux vraiment qu’on fasse ce film, il faut le faire maintenant », lui a-t-il simplement dit. 

Abbas Attar
Abbas Attar, Magnum Photos

Là où Abbas by Abbas aurait pu tomber dans les codes classiques du portrait documentaire, le film tire sa force et son originalité dans le fait qu’il nous montre l’envers du décor de sa réalisation. Il ne s’agit pas d’un portrait lisse et distant d’un grand homme, mais tend au contraire à s’approcher des codes du cinéma direct, en nous montrant notamment à plusieurs reprises l’équipe de tournage et le réalisateur. On y voit le protagoniste choisir au moment même où il est filmé les thématiques dont il va parler et les clichés qu’il va choisir de montrer, quand il ne blague pas avec un membre de l’équipe. Mais le plus étonnement reste sans doute de voir l’implication d’Abbas, qui n’est pas simplement le sujet du film, mais bel et bien celui-ci qui décide, au même titre que le réalisateur, ce qui doit être dévoilé, raconté, montré, quand il faut tourner et quand il est préférable de couper.

N’oublions pas de mentionner la musique composée par Julien Thiault, qui, contrairement à ce à quoi nous a habitués le documentaire français, est loin d’être reléguée au second plan. Tantôt lourde et mélancolique, tantôt vibrante et tonnante, elle évolue au fil des clichés qui nous sont montrés à l’écran et des récits de voyage du photographe, et se fait de plus en plus pressante au fur et à mesure que son état de santé se dégrade. Le compositeur n’a d’ailleurs pas travaillé directement sur le film, mais à partir des photographies que l’on peut voir dans celui-ci et de ce qu’elles lui inspirent. 

Premier film donc, porté par Bellota Films et coproduit par LCP Assemblée Nationale, qui ont tous deux fait le pari de miser sur ce jeune réalisateur. Si ce documentaire s’éloigne quelque peu de la ligne éditoriale du diffuseur, qui nous a habitué à des sujets politiques plus qu’à des portraits, celui-ci justifie ce « pas de côté » par le véritable coup de cœur survenu suite au visionnement du film. 

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister à la projection du FipaDoc, le documentaire de 54 minutes sera à découvrir sur LCP le mardi 18 février à 20h30.

Jeanne Saint-Réquier & Léopoldine Fournier-Camus

PLein soleil sur NETFLIX

            Aujourd’hui nous avons eu la chance d’assister à la conférence de Diego Buñuel, directeur Europe des documentaires originaux Netflix. Les places étaient chères. Il fallait se lever de bonne heure pour assister à cet oral. La plateforme et son représentant étaient les stars du Sunny Side. En même temps comment résister l’appel du géant américain ? Des dollars pleins les yeux l’assemblée de producteurs s’engouffre dans la salle de l’Agora. L’ouragan Netflix, incarné par l’ancien directeur des documentaires de Canal+, est venu présenter au monde du cinéma du réel ses exigences et ses ambitions.

La plateforme a commencé par nous présenter des chiffres colossaux. Elle est présente dans 190 pays pour 155 millions d’abonnés qui consomment 115 milliards d’heures de contenus par an. La capacité de diffusion de Netflix est incontestable.

Elle a ensuite poursuivi en nous parlant de son algorithme et de ses stratégies pour provoquer la consommation de ses contenues. La technologie mise en place par Netflix est impressionnante. Pour illustrer notre propos voici un exemple : pour représenter chaque contenu disponible sur la plateforme il existe une vingtaine d’images. Si le premier jour l’image choisie par l’algorithme ne vous plaît pas au point de cliquer sur le film, alors le lendemain cette image sera différente pour tenter de vous plaire davantage. Les goûts de tous les membres sont analysés afin de proposer à chacun une plateforme à l’apparence personnalisée. Tous les moyens sont bons pour plaire à ses abonnés.   

Diego Buñuel a aussi présenté les attentes de la plateforme en termes de contenu pour les documentaires. Il a insisté sur l’importance de l’histoire des films et des personnages. Tout doit être réel, haletant, comme un film ou une série dramatique. Divertir, intriguer ou encore faire rire, les formes que peuvent prendre les documentaires sont multiples. Pourtant leur objectif reste constamment le même : fasciner le spectateur grâce à une histoire réelle qui dépasse la fiction.

Tous ces sujets sont « Glocaux » : ils partent du local tout en gardant un potentiel international. Par exemple on peut parler de la France et du foot grâce au joueur Anelka car ce dernier est connu en Espagne, Angleterre, Italie et Allemagne, quatre territoires clés en Europe pour la plateforme. Finalement le local ne fonctionne chez Netflix que s’il se tourne vers l’extérieur.

Pour conclure cette intervention de Diego Buñuel fut très enrichissante pour comprendre comment Netflix se place face au monde du documentaire et comment répondre à ses attentes.

Le Grand Plan Documentaire du SPI – SUNNY SIDE OF THE DOC 2019

Le troisième jour de la 30èmeédition du Sunny Side of the Doc s’est ouvert avec la conférence de presse du Syndicats des Producteurs Indépendants, présentée par son président Emmanuel Priou (Bonne Pioche), la déléguée audiovisuel Emmanuelle Mauger, et les membres du bureau audiovisuel : Valérie Montmartin (Little Big Story), Olivier De Bannes (O2B Films), Cyrille Perez (13 Productions) et Caroline Roussel (Arturo Mio).

Cette conférence a débuté avec une lettre d’amour qu’Emmanuel Priou a adressé au documentaire français. Il l’avait annoncé tout de suite : la réunion de cette année serait placée sous le signe de l’appréciation, de l’enthousiasme et de l’optimisme. Il a ainsi décrit le documentaire comment étant par excellence un genre d’intérêt public. Le documentaire, en ayant un impact sur les spectateurs, les pousse à réfléchir et à agir en conséquence. Le spectateur passif qui reçoit le contenu est devenu spectateur actif qui s’informe pour déterminer ses actions : « homo cathodicus est devenu homo cathodicus politicus ». En effet, les documentaires ont dans l’ensemble pris un virage ces dernières années : plutôt que de seulement constater, ils offrent des solutions d’action concrète. Par ailleurs, les réseaux sociaux permettent d’échanger, débattre, mettre en place des actions collectives, et voir les résultats de ces actions.

La présentation a continué en présentant les raisons qu’ont les producteurs de documentaire de se réjouir. On note ainsi une importante progression des documentaires dans les grilles des diffuseurs ces 15 dernières années. Le documentaire n’est plus programmé en dernière partie de soirée, mais se fraye progressivement une place en prime time. 2150 heures de documentaires ont ainsi été diffusées en 2017. Cela s’explique notamment par les bons résultats de la diffusion : chez France 2, on note un rajeunissement de l’audience d’environ 9 ans durant la diffusion de documentaires. Les notes Qualimat suivent également : les documentaires obtiennent en moyenne la note de 8 sur 10.

Une courte vidéo de DataGueule a ensuite été diffusée, rappelant l’évolution des enjeux et combats autour de la notion d’exception culturelle française, ainsi que les dernières avancées dans les négociations avec Netflix, Amazon Prime, Disney Fox, et Apple. Si l’obligation de 30% d’œuvres européennes présentes sur le catalogue européen de ces plateformes est acquise, leur redevance de 15% de leur chiffre d’affaire est encore en cours de négociation.

Le SPI a ensuite rappelé que 30% des sociétés de production se situent en dehors de l’Île-de-France, et que l’Outre-Mer compte 106 sociétés de production et plus de 1000 techniciens, avec des entreprises encore toutes jeunes. 

Sur le plan international, le documentaire français est toujours reconnu, sélectionné et primé. 2017 a ainsi apporté le meilleur résultat d’exportation de documentaires en 10 ans, le troisième plus grand marché du documentaire étant les États-Unis. Après l’animation, le documentaire est le deuxième genre le plus exporté en Asie et en Océanie. Les ventes des droits monde des documentaires français ont progressé de 23% en 2017… grâce à Netflix.

On pense souvent qu’il existe trop de sociétés de production de documentaire, qu’elles sont trop petites et qu’elles se ressemblent toutes. Cela est bien évidemment faux, comme l’a affirmé le SPI. Le nombre des sociétés de production permet à chacune d’être unique dans sa ligne éditoriale et son regard, et favorise l’innovation et la solidarité grâce aux importants réseaux qui se construisent entre ces sociétés. Le SPI a donc réalisé une étude sur ces réseaux d’entraide entre producteurs de documentaires, dont les résultats seront publiés prochainement.

Le SPI a ensuite présenté les actions qu’il avait mené cette année. Un accord a ainsi été passé avec France Télévisions pour consolider le financement et la présence du documentaire sur les grilles des chaînes du groupe malgré la suppression de France Ô et de France 4. Il s’agit d’une enveloppe de 101 millions d’euros consacrée aux documentaires, donc 12,2 millions d’euros sont réservés pour les régions et l’Outre-Mer. L’avenir de l’enveloppe documentaire de 2,8 millions d’euros de France Ô est encore malgré tout incertain. 

Un autre accord doit quant à lui permettre une meilleure entente et compréhension avec les auteurs. Une charte qui sera signée avec l’ADDOC, la SCAM et la SRF posera ainsi les définitions précises d’un résumé, d’un traitement, d’un scénario, etc. La possibilité de la mise en place d’un salaire minimum pour les auteurs sera aussi discutée dans les prochains mois.

Enfin, le SPI a œuvré pour le maintien en l’état du régime assurance chômages des techniciens de l’audiovisuel, en dépit de la volonté du gouvernement d’effectuer une économie de 100 millions d’euros.

Tout n’est cependant pas rose pour le documentaire français, et le SPI a mis l’accent sur certains problèmes. Il a évoqué le manque d’accords de coproduction internationaux pour l’audiovisuel (un seul existe à ce jour : le mini-traité franco-canadien, récemment renouvelé). Il a également souligné l’absence d’aide au pitch de la part du CNC, ce qui permettrait d’aider les producteurs à pitcher leurs projets dans les marchés internationaux. Il n’existe pas non plus d’aide au pilote pour le documentaire. L’accès au soutien automatique devient de plus en plus difficile, le seuil ayant été relevé 2 fois en 5 ans. Le coefficient de génération du soutien maximal est moitié inférieur à celui de la fiction. Le système de bonification incite à ne recourir qu’à un seul réalisateur par œuvre. Et enfin, le seuil d’accès au crédit d’impôt est plus compliqué à atteindre que pour la fiction, et le plafond est plus bas.

Afin de proposer des solutions à ces problèmes, et de promouvoir encore plus le documentaire, le SPI a mis un place un Grand Plan Documentaire en 4 axes : le CNC, la loi audiovisuel, l’international, et la production impact.

L’axe du CNC demande de revenir sur le relèvement du seuil d’accès au soutien automatique, d’augmenter le budget du soutien sélectif aux documentaires, de permettre la prise en compte de co-réalisateurs dans les bonus de soutien, et de soutenir la série documentaire plébiscitée à l’international.

 L’axe sur la loi audiovisuelle espère mettre en place une plus grande présence du documentaire sur les plateformes, dans le respect des droits d’auteurs et des droits des producteurs ; mais aussi la mise en place d’une régulation équitable entre les diffuseurs. Le SPI veut garantir la présence de la création documentaire indépendante sur les plateformes et lutter contre le piratage. Il demande la modernisation de la contribution audiovisuelle publique, en la rendant proportionnelle au revenu fiscal de référence. Il souhaite aussi la révision des conditions d’accès au crédit d’impôt.

Pour l’axe international, le SPI demande le développement des mini-traités de coproduction. Certains sont déjà en négociation : avec le Brésil et l’Afrique du Sud. Il demande également une aide à la promotion du documentaire.

Enfin l’axe « production impact » vise à améliorer et étendre la stratégie d’impact. L’impact producing est le fait d’utiliser le documentaire comme un outil d’intérêt général, et d’en faire sa promotion au sein d’une campagne encourageant à l’action autour d’une problématique sociétale, environnementale ou politique. Alors que de plus en plus en de documentaires sont engagés, le SPI veut donner les moyens aux producteurs de réfléchir et mettre en place cette stratégie de communication. Cela passerait notamment par l’instauration d’une fête nationale du documentaire, reconnue d’utilité publique, à l’instar de la fête du cinéma, de la fête du court-métrage, ou de la fête de la VOD. Le SPI espère que la première édition de la fête du documentaire pourra voir le jour dès 2020.

Ambre Dormoi

Restaurera, restaurera pas ?

A propos des différents choix de restaurations à partir de quatre exemples de films projetés lors de la 33e édition del Cinema Ritrovato de Bologne.

Restaurera, restaurera pas ?

C’est bien la question nécessaire et difficile à laquelle le festival n’essaie pas de répondre. Au contraire, ce festival permet d’assister autant à des projections de films restaurés que recomposés que laissés en l’état. Pendant ces quelques jours à Bologne, nous avons notamment eu la chance de voir Les Vampires, Episode 3 : Le cryptogramme rouge, Louis Feuillade (1915), Paris qui dort, René Clair (1924) , Gigi, Vincente Minelli (1958) et Los olvidados, Luis Buñuel (1950).

Le festival du « film retrouvé » porte bien son nom. Des films retrouvés, oui, mais dans quel état ? Et selon, est-ce qu’on les laisse en l’état, est-ce qu’on les restaure ? Si on les restaure, qu’est-ce que l’on restaure, comment l’on restaure, pourquoi l’on restaure ?

La politique française tend à préconiser une restauration visible, qui puisse être documentée, et réversible mais ce n’est pas le choix qui est toujours fait comme nous en avons fait l’expérience en voyant dans la même journée des films dans des états très variables. C’est une bonne façon de se rendre compte qu’il n’y a pas de bonne manière de faire mais surtout des choix.

Pour le premier film, Les vampires, ainsi que les courts métrages autour de Musidora qui ont été présentés juste avant, la pellicule avait subi de graves dommages très visibles. La moisissure cachait parfois une grande part de l’image et ne permettait pas de visualiser le plan dans son ensemble. L’image pouvait être abîmée parfois sur le côté, plutôt du côté de la manchette mais parfois au beau milieu de l’image. Un public non averti pourrait déplorer cette perte d’informations mais les aficionados présents dans la salle y voyaient aussi un certain charme, une trace très prégnante du temps qui a passé, plus de cent ans pour ce film ! L’effet rendu par ces taches ne manquait pas d’un certain esthétisme. Pour la présentation du film, l’accent a été mis sur le contenu et le personnage de Musidora, soulignant son importance dans l’histoire cinématographique

Pour assurer une certaine cohérence de l’histoire, les cartons avaient été reconstitués grâce aux scénarios retrouvés.

Portrait de Musidora, la dixième muse

Le second film, Paris qui dort, a été présenté en amont pour expliquer les choix de restauration qui avait été faits. Deux versions ont été retrouvées : un négatif en français et une copie positive en anglais. La projection qui nous a été proposée est celle de la restauration de la deuxième. Un cartel à la fin du film expliquait que les intertitres avaient été reconstitués à partir du scénario retrouvé à la BnF.

Gigi nous a été projeté en pellicule, tel quel, avec toutes les altérations qu’elle avait pu subir. Certains plans étaient striés de rayures, certains manquaient, pour d’autres, un début de tournant magenta était parfois perceptible. Si les sautes dues aux plans manquants étaient parfois frustrants, le charme du film opérait et l’on finissait par oublier que l’image n’était pas « parfaite ».

Los olvidados était projeté Piazza Maggiore le lundi 24 juin. Il a été restauré par la UNAM, l’Université nationale autonome du Mexique et la Film Foundation dont le directeur était présent. Dans ce cas, la restauration n’était qu’à peine visible. L’image gardait un certain grain et tous les plans se suivaient fluidement.

La piazza Maggiore

Il ne s’agit ici que d’exemples et c’est ce qui fait, à mon sens, l’un des charmes de ce festival aussi. On ne sait jamais trop dans quel état va nous être projeté le film, et c’est très bien comme ça !

Mention spéciale pour Hyeolmaek de Kim Soo-yong, venu en personne nous le présenter, numérisé mais absolument pas restauré et qui, à sa manière, nous a beaucoup marqué.

Kim Soo-yong, accompagné de son interprète, présente son film en salle Scorsese.

Pitchs inversés pour infos de qualité – Sunny side of the doc 2019

Ce mardi 25 juin 2019, dans le cadre du festival « Sunny Side of the Doc » à la Rochelle, s’est tenue dans l’auditorium du musée maritime, une séance de Pitchs inversés durant laquelle plusieurs plateformes francophones ont présenté leur ligne éditoriale.

Continuer la lecture de Pitchs inversés pour infos de qualité – Sunny side of the doc 2019

Bologne, dimanche 23 juin 2019

Musidora, la dixième muse….

Ce dimanche était placé en partie sous le signe de Musidora. Plusieurs d’entre nous ont commencé la journée par un documentaire lui étant consacré. Nous avons été fasciné.e.s par cette femme à la fois actrice, auteure, peintre et réalisatrice. Après un détour chez René Clair et une version inédite de Paris qui dort tiré d’une copie positive anglaise. Nos avons pu voir Musidora dans une série de films dont l’épisode III des Vampires, où elle joue Irma Vep, connue pour sa combinaison noire. Le film était accompagné par John Sweeney au piano et Franck Bockius à la batterie. Nous avons été touché.e.s par la présence de cette dixième muse. Pour finir en beauté cette journée musidoresque, Ombre et Soleil réalisé par la fabuleuse. Comme par magie le film apparaissait sur l’écran grâce au charbon, OUI, au charbon! Un projecteur avec un tout autre système que la courante lampe xénon, elle même déjà presque desuète. Une relique projetant une relique quel bonheur! Le plafond était étoilé, la fumée du projecteur s’élevait dans le ciel. Et nous sentions la brise tout comme nos camarades parti.e.s voir Easy Rider sur une place Maggiore pleine à craquer !

Quelle journée !

Résume-moi ton projet

Au milieu de la riche programmation que nous offre le FIPADOC à travers les nombreuses sélections, un espace dédié spécialement aux professionnels accueille tous les jours de nombreux producteurs, diffuseurs, distributeurs et auteurs autour de conférences et de rencontres.

Lors d’une de ces rencontres, huit jeunes aspirants réalisateurs récemment diplômés du Créadoc de Bordeaux sont venus confronter leur projet de documentaire à un panel de producteurs et de diffuseurs dans ce que l’on nomme communément une séance de « pitch ». Exercice périlleux et difficile pour ces créateurs dont les projets sont encore tous des embryons de films. Actuellement plus ou moins en phase d’écriture, ils ont pu pendant une dizaine de minutes faire advenir une idée de film et la communiquer aux membres jury qui remettra un prix au projet qui aura été le plus convaincant.

Ces cinéastes en devenir ont pu pendant dix minutes développer leur projet qui le plus souvent traduit des expériences personnelles et intimes à travers des documentaires de création. Evidemment, il n’avaient pas le temps de développer plus profondément cette idée de cinéma qui germait dans chacun de leur esprit : du portrait en animation d’un jeune homme refermé sur lui-même à la quête d’une identité, chaque projet a eu néanmoins la chance de se confronter à des professionnels.

Le pitch se caractérise par un très court laps de temps c’est pourquoi nous pouvons peut-être entrevoir une des limites de ce difficile exercice qui joue plus sur des effets de langage que sur l’intelligibilité du film. Néanmoins, ce pitch est en quelque sorte une base sur laquelle va se fonder une première impression pour le potentiel diffuseur et la discussion peut partir de là. La partie la plus intéressante de cette session de pitch a été les échanges qui ont pu exister entre les professionnels et les cinéastes. Ces derniers ont pu développer leurs idées, ils ont eu plus d’espace afin de s’exprimer.

A l’issue de cet exercice, un projet sur les huit remportera un prix et se verra proposer une aide à la post production afin qu’il soit mené à bien.

Another day of Life : La guerre dans tous ses éclats

Film d’animation documentaire, Another day of life retrace le périple du reporter polonais Ryszard Kapuscinski en Angola, lors de la sanglante guerre civile qui éclate en 1975. Colonie portugaise pendant de nombreuses années, l’Angola devient le dernier pays africain à retrouver son indépendance en 1975, lorsqu’une violente guerre civile éclate entre deux mouvements soutenus respectivement par les blocs soviétique et américain. L’Angola devient alors un théâtre meurtrier de la guerre froide.

Alors que les colons s’enfuient dans la précipitation, Ricardo, seul reporter sur le terrain, décide de couvrir la genèse de cette guerre. Il n’hésite pas à pénétrer les zones de conflit les plus dangereuses ni à s’immerger complètement dans le Confusão. Le Confusão, c’est le chaos qui règne en maître sur l’Angola, celui qui fait danser jusqu’au petit matin, celui qui perd les repères et inonde tout le film de son aura. C’est en alternant brillamment entre images d’archives, animation et entretiens, que ce film résolument hybride retrace le périple de Kapuscinski, ponctué de rencontres fortes avec des héros de cette guerre aujourd’hui oubliés.

Continuer la lecture de Another day of Life : La guerre dans tous ses éclats

« Home Games » : une histoire entre Cendrillon et Maradona

Home Games est un long-métrage documentaire percutant qui nous plonge au cœur de la vie d’Alina, jeune footballeuse ukrainienne, prise dans les tourments d’une vie familiale chaotique. Abandonnée par sa mère, contrainte de prendre en charge son jeune frère Renaat et sa sœur Regina, elle est partagée entre sa passion pour le football et ses lourdes obligations familiales. Cette année, Alina a deux objectifs: intégrer l’équipe nationale d’Ukraine et inscrire pour la première fois son frère et sa sœur à l’école.

Home Games s’apparente au conte par sa forme et le traitement de ses personnages. Alina en fée, se battant jour après jour pour offrir à sa fratrie une enfance plus heureuse que la sienne en orphelinat est aidée par Babouchka, grand-mère charismatique face à Roman, le beau-père alcoolique et parasite. Réalisé par Alisa Kovalenko le film nous plonge au plus près de la vie de ses personnages dans une esthétique proche du cinéma direct. Un réalisme qui tranche avec sa narration proche du conte. C’est ce mélange qui fait la puissance de Home Games. Jamais pathétique, drôle et poétique, il brosse un portrait d’une Ukraine méconnue et de femmes courageuses.

Interview de Stéphane Siohan producteur de « HomeGames »

«La guerre a déclenché des énergies humaines qui sont des moteurs à film » 

En février 2014 Stéphane Siohan passe quelques jours à Kiev le temps de donner un cours sur le webdocumentaire. Alors qu’il est sur le point de repartir, à l’aé[email protected], FUort, son téléphone sonne, le gouvernement vient d’ouvrir le feu sur les manifestants de la place Maidan et il est l’un des seuls journalistes français sur place. En quelques minutes son destin professionnel prend un virage inattendu. Il renonce à partir et à peine quelques minutes après avoir quitté l’aéroport, sur une aire d’autoroute en direction du centre-ville, il fait son premier direct avec RTL. Installé depuis dans le pays, il couvre l’actualité politique et sociale pour différents médias européens parmi lesquels Le Figaro, Le Temps ou Le Soir. Aujourd’hui, l’attention du monde s’est détournée de l’Ukraine, balayée par des vagues de sujets médiatiques. Pourtant, les accords de Minsk n’ont pas véritablement changé la nature de l’Ukraine, toujours en proie à de profondes mutations. Venu au FIPADOC pour présenter « Home Games » (son premier film en tant que producteur), au public français, nous le retrouvons dans l’espace Bellevue.

Comment êtes-vous passé de correspondant pour la presse à producteur de documentaires ?

« Dès mon arrivée en Ukraine, des contacts m’ont ouvert les portes de la nouvelle scène documentaire ukrainienne alors en pleine renaissance. En parallèle de mon travail de journaliste j’ai suivi de près l’ascension de ces jeunes réalisateurs avides de documenter l’état de leur pays. Je connaissais déjà Alina, (la réalisatrice de Home Games) et lorsqu’elle m’a demandé un jour en rigolant d’aller pitcher son prochain projet à sa place, je me suis pris au jeu. L’histoire de « Home Games » était si forte qu’on a remporté le prix The Guardian et une dotation de 12.000£. Problème, l’apport ne pouvait être remis à l’auteur, mais a une structure de production. C’est à cette occasion et pour encaisser le prix que j’ai créé East Road Film. »

De quelle manière les événements de février 2014 ont bousculé la scène cinématographique ukrainienne ?

« L’Ukraine a connu en 2014 une renaissance du genre documentaire. Historiquement, le pays était une terre d’expérimentation pour le genre au début du siècle, mais depuis de longues années, tous les les jeunes réalisateurs voulaient faire de la fiction ou de la pub. Maintenant, ils veulent tous faire du documentaire. Beaucoup de réalisateurs ou d’étudiants ont commencé à filmer de manière compulsive les événements qui se passaient dans leur pays. Il faut s’imaginer que la révolution de Maidan c’est l’histoire qui fait irruption dans leur pays. Les gens ont encore du mal à donner un sens à tous ces événements. C’est un pays sur des sables mouvants ou chaque jour se passe de nouveaux événements. Je vis dans un pays où je vois des histoires en permanence. La guerre a déclenché des énergies humaines qui sont des moteurs à film. Le conflit est le moteur du cinéma.
Cet essor s’est fait ressentir sur la scène internationale puisqu’en 2015, deux documentaires ukrainiens ont été sélectionné à l’IDFA (« Ukranian Sherrifs » et « Alisa in Warland » le 1er film d’Alisa Kovalenko) et un autre à remporté le prix à Dok Leipzig »

Par le passé, vous avez été impliqué dans le développement de plusieurs projets documentaires, qu’est-ce qui change dans la manière de produire un film en Ukraine ?

« En Ukraine, le rapport au documentaire est plus vital. Personne n’attend l’obtention d’une aide financière avant de commencer à filmer. La logique des ukrainiens c’est quand ils ont une idée de film, ils filment. Les réals se prêtent du matériel entre eux, ils se débrouillent très souvent sans le support des institutions. Les producteurs doivent suivre ce rythme et trouver des partenaires compatibles avec ces nouvelles temporalités. Impossible d’avoir le CNC par exemple, alors on se débrouille autrement, en multipliant les partenaires pour avoir la plus grande liberté possible et en réduisant les coûts, à l’international notamment. »

 

Jules Dubernard