Change is coming (out)

COMING OUT est un film réalisé par Denis Parrot. Il est produit par deux productrices, Eléonore Boissinot et Claire Babany pour leur structure Dryades Films.

Le film est un montage de vidéos Youtube de différents jeunes aux quatre coins de la planète, toutes ayant un seul point commun : Leur protagoniste fait son coming out en direct, ou le raconte.

Au travers de ces vidéos, Denis Parrot réussit à mettre en place un fil rouge invisible qui guide le spectateur dans une narration incarnée par un arc-en-ciel de personnalités.

Il met le doigt sur différents thèmes soulevés par le fait de révéler son homosexualité ou sa transsexualité, avec une distance qui permet à tout un chacun d’y être sensible sans pour autant être concerné.

Le film aborde des sujets universels comme l’importance de l’approbation des parents et du regard de ses proches, la recherche d’identité dans la construction de soi. Il s’intéresse également à des questions socié

tales comme la place de la religion, l’importance de la représentation des minorités dans les médias, le fléau des maladies mentales et du suicide chez les jeunes, plus particulièrement homosexuels ou transsexuels.

Il jongle avec les joies et les peines de chacun pour offrir un film révoltant et drôle, tout en nuances.

Sans tomber dans la dénonciation, Denis Parrot fait de l’homosexualité et de la transexualité quelque chose de banal, et permet à tout le monde d’y trouver son compte.

C’est une voix pour les jeunes homosexuels et transsexuels en marge de leur cercle social, et un exemple pour les parents de ces jeunes à qui la situation peut échapper et qui ne savent pas comment agir. C’est aussi une démonstration pour tout individu qui n’a jamais eu l’occasion d’être sensibilisé à la cause, et un rappel à l’ordre pour ceux qui croyaient que toute orientation sexuelle était maintenant totalement acceptée.

En plus de passer un bon moment, ce film et sa réception par le public donnent espoir en un monde plus tolérant où chacun peut vivre comme bon lui semble.

Otage(s), la déception de la liberté

Le documentaire Otages, co-réalisé par Michel Peyrard, ancien journaliste et Damien Vercaemer également chef-opérateur, dresse le portait de sept personnes kidnappées par les plus dangereuses organisations terroristes ou militaires dans le monde. De la Colombie à la France, en passant par l’Autriche, ces personnes nous livrent un récit personnel fort et peu entendu des médias traditionnels. Le but de ce film est de faire entendre ces voix d’une manière différente, en allant plus loin que le simple récit de leur kidnapping et de leur libération. Les ex-otages commencent par raconter leur périple vers la liberté mais vont au-delà en nous parlant des difficultés que représente le retour à une vie normale et les nombreux problèmes familiaux que les retrouvailles entraînent. Ce documentaire permet au spectateur de comprendre la torture psychologique qu’un kidnapping représente, mais aussi le traumatisme qui se poursuit bien longtemps après leur libération.  Continuer la lecture de Otage(s), la déception de la liberté

Suspension d’audience au pays des voyeurs

A la cour d’assises de Bruxelles, un homme témoigne de l’assassinat de sa femme et de ses trois enfants. Alors que ce dernier décrit la scène macabre avant d’éclater en sanglot, c’est avec élégance et pudeur que la caméra préfère se poser sur les visages de l’audience, médusés. Suspension d’Audience, réalisé par Nina Marissiaux, est un court-métrage documentaire qui, du haut de ses vingt-quatre minutes, provoque et interroge.

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Les Tombeaux sans noms de Rithy Panh : Les Esprits du passé

La dernière œuvre de Rithy Panh été projetée au FIPA dans une séance introduite par un court de la série Les Mystères d’Archives de Serge Viallet. Produit pour Arte, Les tombeaux sans noms est un film autobiographique traitant de la thématique la plus prégnante du cinéaste : la mémoire du génocide Khmer.

Après L’image manquante, Rithy Panh nous plonge cette fois dans le décor réel de son histoire d’enfance. On le suit dans les plaines rurales du Cambodge, errant sur les vestiges de son passé dans les camps Khmers. Aucune trace ne laisse douter de ce passé lugubre, sauf la mémoire torturée du réalisateur qui met à l’épreuve le lieu de ses tourmentes et honore les esprits de ses défunts proches. Entre spiritisme, archive et poésie le passé émerge pour raconter ce que peu de voix parviennent à dénoncer sur cette époque traumatisante pour les générations passées. Deux villageois racontent cette période où les citadins ont rejoint la campagne pour travailler en masse et subir avec eux les lubies de l’Angkar. Un point de vue variant de celui du petit garçon de Phnom Penh que L’image manquante nous donnait. Ici, ce sont deux hommes qui racontent d’abord l’espoir d’une société plus juste qui s’est transformé en tourmente générale où la famine et la violence étaient omniprésentes.

Dans son précédent film les figurines étaient faites d’eau et de terre, dans Les tombeaux sans nom c’est de bois qu’elles sont faites : un bois flottant arraché de son lieu d’origine et errant, saignant même parfois. Les disparus du génocide Khmer sont représentés par ces statuettes de bois qui sont comme les corps l’ont été : usés puis abandonnés. L’invisible prime sur le visible et il n’est plus question de fabriquer des images qui contrediront la propagande du passé, mais plutôt de faire émerger les esprits de ceux qui ont perdu leur vie dans ces plaines afin de leur offrir une sépulture.

Rithy Panh prend son propre deuil pour point de départ du voyage. Une voix, qui sans doute relaie la sienne, nous décrit dans une prose poétique la difficulté d’être piégé de l’autre côté de ce voile de la vie qui sépare des êtres aimés. Au son de cette litanie, on découvre les gestes du rite, ses effigies, ses incantations, qui visent aussi bien à soulager les morts que les vivants. Au fil du film, nous les rencontrerons plusieurs fois, sous plusieurs formes et chorégraphies, mais toujours guidés par ce même désir de jeter un pont par-dessus le fleuve de l’oubli. Un oubli exacerbé par l’ampleur de l’horreur commise par un régime qui sépare, qui tue, qui abandonne les morts par milliers sans s’encombrer de funérailles, jusqu’à ce qu’ils soient engloutis par “la terre gorgée de corps”.

Ce régime, on le découvre par le biais de témoignages de ceux qui lui ont survécu. Qui nous décrivent sa violence et son absurdité. Qui nous narrent aussi, avec indulgence, les extrêmes auxquels certains ont été poussés pour survivre, coûte que coûte, dans ce monde apocalyptique où les hommes tombent comme des mouches. Ces contes cruels s’intercalent d’abord aux images de rituels, puis occupent de plus en plus de place au fur et à mesure que la trajectoire personnelle du réalisateur laisse place au récit du drame commun dont les atrocités touchent à l’universel. A travers la douleur d’un homme, on devine alors celle de mille autres, de dix milles autres, d’un million d’autres : on estime à un million et demi le nombre de morts attribués au régime des khmers rouges.

Un père. Une sœur. Un fils. Une grand-mère. Une épouse. Tout ça à la fois. Le poids des absents pèse sur l’âme cambodgienne avec une souffrance inexprimable. Dans un pays où la moitié de la population a moins de trente ans, comment entretenir le souvenir de celles et ceux que le Angkar a tout fait pour effacer ? Ici, les images et le lyrisme évoquent ce pour quoi les mots ne peuvent suffire. Une quête pour essayer de comprendre, chercher, guérir – autant que cela est possible. Pour Rithy Panh, comme pour tant d’autres sans doute, il ne s’agit pas de clore ce qui est terminé, mais bien d’apprendre à vivre avec.

Lila Gleizes et Neiha Berriche

Les Tombeaux sans noms de Rithy Panh. France, Cambodge. 2018. Projeté dans le cadre de la 1ère édition du FIPADOC.

La tentative de Fuck Fame

Réalisation : Lilian Franck et Robert Cibis
Production : OvalMedia
Diffusion : ZDF

Diffusé au Casino Municipal le 27 janvier à 09h30.

Sélectionné dans la catégorie documentaire musical, Fuck Fame était originellement un scénario de fiction. Un scénario qui s’est révélé si proche de la vie d’Uffie, qu’il s’est transformé en documentaire lors de l’audition de la chanteuse pour le rôle principal. Les similitudes frappantes existant entre la trajectoire de l’artiste et l’histoire originelle de Lilian Franck ont fait basculé le projet. Fuck Fame est devenu un portrait, celui d’Uffie, star précoce et éphémère de l’électro de la fin des années 2000.
Filmée régulièrement par Robert Cibis depuis 2012, le film devait initialement retracer l’enregistrement du second album de la chanteuse. Les choix de vie d’Uffie l’ont menée ailleurs. Entre grossesses et dépressions, elle a finalement décidé d’arrêter sa carrière au cours du tournage. Une décision radicale qui a bousculé la dramaturgie du projet.

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L’hôpital où l’on soigne les corps et les cœurs des femmes

Sorti en 2014 et en compétition au FIPA DOC 2019, Congo, un médecin pour sauver les femmes, naît d’une réflexion personnelle : comment espérer que les européens s’intéressent aux problèmes de guerres en Afrique, lorsque les africains expatriés peinent à s’y intéresser eux-mêmes ? C’est la réflexion que se fait la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang à la lecture d’un article dépeignant le travail de Denis Mukwege.

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Françoise Dolto, au nom de l’enfant

Diffusé hier soir pour la première fois, lors de cette deuxième journée du Festival Fipadoc, le nouveau film de Virginie Linhart a enthousiasmé le public venu nombreux dans la grande salle de la Gare du Midi.

« Françoise Dolto, au nom de l’enfant » est un portrait intime de Françoise Dolto, pionnière de la psychanalyse de l’enfance, mettant en exergue les liensentre sa vie personnelle et son travail.

Le film s’ouvre sur des archives de son enfance austère, dans une famille bourgeoise classique, au sein de laquelle elle fit figure d’enfant solitaire et marginale. Nous découvrons alors une enfance marquée par la sévérité des adultes, à l’opposé des principes qu’elle assènera toute sa vie.

Le film est ensuite ponctué d’interviews de Françoise Dolto, dans lesquelles elle raconte les évènements marquants de son enfance, qui l’ont menée aux premières conclusions de sa méthode. Sa vie entière est retracée, travail et vie personnelle étant intimement liés, puisque sa méthode ne cessera d’évoluer au fil de sa vie.

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Totems et tabous : un regard contemporain sur l’histoire coloniale

Comment un pays peut-il adresser son passé colonial ?

C’est la question posée par Daniel Cattier dans Totems et tabous, présenté en compétition internationale au FIPA DOC. Le réalisateur belge se concentre sur le Musée royal de l’Afrique centrale, institution créée à Bruxelles en 1897. Continuer la lecture de Totems et tabous : un regard contemporain sur l’histoire coloniale

Compte rendu « Producteur-rice impact »

Conférence tenue le 24 janvier 2018 au Bellevue Rotonde

Nicole Van Schaik (directrice du développement chez Doc Society) a ouvert une conférence dont le thème pourrait se résumer ainsi : dans le contexte des défis posés par la mondialisation, la production de documentaire demeure pleine de possibilités pour sensibiliser le public à notre lien avec la nature et à la nécessité de la protéger, ainsi qu’aux inégalités dans le monde.

Elle a expliqué qu’elle élaborait des stratégies avec les cinéastes et les producteurs pour qu’ils utilisent leurs films comme des outils stratégiques de changement social ou environnemental. Avoir un « impact » signifie que le producteur tente de provoquer des réactions d’appuis chez des partenaires, estimant eux aussi, qu’il faut révéler des situations scandaleuses (misère, violence, gaspillage, etc.).

Pour ce faire le « producteur impact » doit négocier avec de nouveaux partenaires, que ce soit des organisations de la société civile, des fondations, des philanthropes, des ONG, des marques, des décideurs, des activistes ou même des innovateurs technologiques, susceptibles d’appuyer le film sur le marché international (essentiellement grâce à des événements).

Valérie MONTMARTIN (productrice à Little Big Story) puis Emmy OOST (productrice à Cassette For Timescapes) expliquent que faire un documentaire peut être un processus long et épuisant surtout lorsqu’on veut combiner une vision novatrice et un engagement social ou politique. C’est pourquoi il est nécessaire de rechercher des fonds et constituer une équipe qui accompagnera la vision singulière de votre projet.

Elles ont abordé plusieurs points : le contexte de la mondialisation ; la nécessité de mettre en avant l’intérêt que ce projet peut avoir pour un partenaire, l’indispensabilité de trouver un point de rencontre avec son public ou son pays, la possibilité de créer un changement positif et de donner une nouvelle énergie aux questions épuisées ainsi que les atouts du producteur pour y faire face.

Petra Seliškar (productrice, écrivaine et chercheuse en archives qui consacre entièrement son travail au documentaire) a parlé du festival MakeDox à Skopje (capitale de la Macédoine), crée en 2010 par un groupe d’amateurs et de militants du documentaire.

Réa Apostolides, productrice à Anemon Production (organisme à but non lucratif qui se consacre à la production de documentaires haut de gamme) a décrit l’ambition du réseau européen de documentaire « Moving Docs ». Ce réseau, d’ailleurs soutenu par le programme Europe Créative de l’Union européenne, propose une sélection de documentaires européens de franchir les frontières et d’atteindre de nouveaux publics dans tout le continent grâce à des partenaires locaux et nationaux.

En conclusion, on peut dire que la demande de documentaire est devenue suffisamment importante pour que le secteur produise une autre option : le producteur impact. Mais ce rôle est encore largement méconnu en raison de sa relative nouveauté.

On Nous Appelait Beurettes

Pendant les années 70 à Bobigny, les enfants d’origine maghrébine ne sont pas encore empoisonnées par le racisme et les innombrables clivages sociaux qui les séparent des autres français.

Bouchera Azzouz se rappelle d’une période de forte mixité sociale entre immigrés et français, avant que ces populations ouvrières, issues de l’exode rural, quittent les cités pour les zones pavillonnaires, laissant ainsi les immigrés entre eux.

Le plus grand mérite du film est d’avoir intégré à son propos un ensemble de témoignages qui n’évoque pas seulement le racisme, mais l’inégalité des sexes et l’évolution des mentalités au sein de leurs familles. On est stupéfait d’apprendre que certaines n’ont jamais eu d’adolescence, car elles ont subi la convention matrimoniale du mariage dès la préadolescence.

Le film dresse le portrait de femmes, à la fois solides et velléitaires, lucides et complexées, maladroites et terriblement obstinées, vivant en marge de la vie sociale.

Les deux films « Nos Mères Nos Daronnes » (2014) et « On Nous Appelait Beurettes » (2018) doivent être vu selon l’auteur comme un complément logique d’information, une rationalisation inévitable de toute une génération de femmes en quête d’identité, comme un message d’espoir.

inasup